Le croisic - Histoire

Un brin d'histoire

Une origine très ancienne

Le Croisic est une petite ville, d'origine très ancienne, dans laquelle on a voulu retrouver l'un des ports bretons désignés par Ptolémée. Dès le milieu du Ve siècle, le Croisic devint une station préférée des marins saxons. 

Plusieurs fois ils battirent les Romains et quand, battus eux-mêmes, ils se voyaient forcés de se retirer, ce n'était jamais pour longtemps, car leurs compatriotes accouraient du nord à la rescousse : la position offrant trop d'avantages pour être négligée par ces habiles marins.
Avant l'établissement des grands ports militaires de Bretagne, le Croisic possédait une véritable importance. Il armait de forts navires, et à toutes les époques de l'histoire du duché de Bretagne, on retrouve avantageusement son nom. La fidélité de ses habitants aux ducs d'abord, puis aux rois de France, héritiers des ducs, resta si complète que des privilèges considérables lui furent assurés. Nicolas Bouchart, amiral de Bretagne, tenant pour Jean de Montfort, fortifia la ville et y bâtit un château en 1355. Il réparait ainsi le mal que Louis d'Espagne, partisan de Charles de Blois, avait fait au port treize ans auparavant.
Le duc François II arma une flotte au Croisic, et accorda aux habitants plusieurs privilèges dont ils se montrèrent reconnaissants. Non seulement ils firent lever à l'armée de Charles VIII le siège de Nantes, mais encore ils contribuèrent à reprendre la ville de Vannes, enlevée par les Français. Plus tard, l'union de la Bretagne et de la France ayant été consommée, les Croisicais ne marchandèrent pas leur dévouement au nouveau souverain. Ils s'occupèrent avec ardeur des armements nécessaires pour réprimer les incursions des Anglais sur les rivages bretons. Quatre de leurs navires obtinrent l'honneur de la journée où si malheureusement périt le trop impétueux Portzmoguer (Primauguet) et où fut détruit le fameux vaisseau la Cordelière, construit par la reine Anne (1513).
« Le 29 avril 1557, dit Ogée, les habitants du Croisic écrivirent au duc d'Étampes, gouverneur de Bretagne, pour lui apprendre qu'ils avaient chassé les Espagnols de Belle-Île-en-Mer et pris une de leurs barques, où il s'était trouvé du sucre et des olives, et lui annoncer qu'ils lui conservaient quatre pains de sucre et un baril d'olives provenant de cette prise. »

La pacification du comté nantais

Jusqu'en 1597, le Croisic resta au rang des plus fortes places bretonnes ; mais à cette époque Henri IV, vainqueur de la Ligue, acheva de pacifier le comté nantais. Le capitaine La Tremblaye vint assiéger et réduisit la ville, dont il démolit les fortifications et le château. À cette occasion surgit une réminiscence du célèbre épisode du siège de Calais par Édouard III d'Angleterre. Le capitaine avait imposé au Croisic une rançon de trente mille écus, somme considérable. On cherchait vainement à satisfaire le vainqueur ; alors vingt-deux habitants notables, désirant éviter à leur ville la continuation des représailles exercées par les troupes s'offrirent en otage. Les pauvres gens ne s'attendaient point à être si mal récompensés de leur belle action... Soit faute de ressources, soit pour toute autre cause, leurs concitoyens les laissèrent en prison. À grand peine, et après nombre de suppliques, purent-ils obtenir que la rançon dont leur personne répondait fût répartie sur la paroisse entière !
Un des derniers faits d'armes concernant le Croisic se passa, le lendemain de la bataille des Cardinaux le 21 novembre 1759. L'amiral de Conflans, « par une manoeuvre sans excuses comme sans précédents dans la marine française (son vaisseau et son équipage étaient intacts), fit couper les câbles du Soleil-Royal et vint s'échouer à l'entrée du port vers sept heures du matin ». Le Héros, complètement désemparé, venait aussi faire côte à ce même port. L'épilogue du terrible combat devait être lamentable. Le maréchal français ordonna de brûler son vaisseau, quoiqu'il y ait lieu de croire que le Soleil-Royal pouvait être sauvé. Cet ordre fut exécuté, mais les Britanniques « voulurent avoir leur part dans l'incendie », et deux jours après, le 24 novembre, cinq chaloupes ennemies vinrent brûler le Héros. Ceci encore se passa sous les yeux de Conflans !...

Quinze jours environ s'écoulent, et l'amiral britannique s'avise qu'il doit envoyer retirer les canons des vaisseaux incendiés. En conséquence, il adresse aux Croisicais un ultimatum portant « que si l'on tentait de s'y opposer (au retrait des canons), il bombarderait la ville et la réduirait en cendres ». Mais sir Edward Hawke n'avait plus affaire à M. de Conflans.

Les Croisicais, loin de se montrer effrayés par ses menaces, refusèrent de laisser enlever les pièces. Irrités, les Britanniques s'embossèrent et ouvrirent le feu. Pendant trois jours, les champs furent sillonnés par des boulets. Une bombe tomba dans le milieu du Croisic, devant la porte principale de l'église. Les habitants n'en persévérèrent pas moins dans leur patriotique résolution, et les assaillants durent renoncer à de nouveaux trophées d'une victoire dont ils avaient déjà tant de preuves. Longtemps, on travailla à l'extraction de l'artillerie et des débris des deux bâtiments. Un hardi plongeur, nommé Corron, ou Gotton, né au Croisic, et dont, disait-on, « la fortune était au fond de l'eau », rendit d'immenses services en cette circonstance...

Ainsi le Croisic, soit en se défendant, soit en arrachant aux ennemis nos épaves, se montrait digne de son antique réputation, et des lettres patentes qui lui avaient été octroyées, en 1618, par Louis XIII ; pour récompenser « le zèle des Croisicais à défendre, à leurs frais et dépens, le territoire, nous les dispensons de toute solde, impault et subsides... »

Un très joli petit port au XIXe siècle

Au XIXe siècle le Croisic possédait un très joli petit port, très gai, très riant, très animé par un actif va-et-vient de navires caboteurs et de barques de pêche, surtout au moment du passage de la sardine. Les marais salants et les bains de mer, ces derniers très fréquentés, entretiennent la prospérité de la ville.

Étymologie : le nom de la ville proviendrait du breton ar groazig où ar correspond à « le » ou « la » et où la terminaison -ig est un diminutif (comme « -ette » en français). On trouve plusieurs explications pour le terme groaz. Il pourrait signifier « croix », littéralement Le Croisic serait alors « la petite croix ».

Cependant la meilleure des étymologies proposées semble être celle qui dérive du mot groaz, « grève ». Le Croisic signifierait donc, littéralement, le lieu de la petite grève, nom fort bien en rapport avec sa situation : le port qui donne sur le traict, très sablonneux, ayant à redouter l'amoncellement de dunes marines.

Blasonnement : D'azur, à la croix d'argent, cantonnée de quatre hermines d'or.

(La France illustrée, 1882, de Malte-Brun)

Economie

On connut il y a quelques siècles (aux XVIe et XVIIe siècles) un Croisic de négociants et d'armateurs, qui venait de détrôner Guérande dans le commerce du sel. Les bateaux arrivaient des Flandres, de la Baltique, du Portugal et abandonnaient sur les grèves des tonnes de lest. Ces énormes pierres serviront à grappiller quelques centaines de m2 sur la mer et à dresser deux mamelons hauts de 12 et 26 m, aménagés aujourd'hui en jardins publics, le mont Lénigo et le mont Esprit, d'où l'on survole toute la presqu'île. Curiosités !
A l'époque, Le Croisic compte 5 000 âmes ­ tandis que Nantes en revendique à peine 15 000 ­ et s'enrichit de belles demeures en granit. C'est un des tout premiers ports de commerce du sud de la Bretagne. Il pousse même quelques bateaux (quatre ou cinq) vers Terre-Neuve pour y pêcher la morue. Mais au XVIIIe siècle, le sel n'a plus le goût de l'or et le port s'ensable. Décrue de la prospérité. La pêche à la sardine va prendre le relais au XIXe. On construit des conserveries (la dernière fermera en 1974). Surtout, Le Croisic apprend le tourisme. En 1830, c'est la principale agglomération de la côte. On y croise de ces romantiques qui se sont pris de passion pour l'océan fougueux et les côtes déchiquetées, on y croise Balzac qui évoquera les lieux dans son livre Béatrix. Mais le déclic se fait à partir de 1840 avec la construction de la jetée du Tréhic, à toucher la plage Saint-Goustan qui va devenir à la mode. Un entrepreneur ­ originaire d'Amboise ­ est séduit par les lieux, crée un établissement de bains puis un hôtel, le tout premier de la côte. Musset, Ingres traînent dans les parages. Le Croisic a son petit succès de station balnéaire, avec son air tonique qui frictionne les poumons et cette eau remuante qui revigore. Chaque année, un bon millier de touristes y séjournent pour en faire la cité la plus fréquentée du littoral de Loire-Atlantique.

L'arrivée du chemin de fer

Le succès durera jusqu'à l'arrivée du chemin de fer en 1879. En train vers Le Croisic, des Parisiens sont éblouis par des dunes désertes et une immense plage de sable fin. Il y a du coup de foudre dans les wagons de ce Paris-Le Croisic de malheur. En sortant du sable quelques années plus tard, La Baule ­ voisine de dix kilomètres ­ arrachera ses mondains au petit port sardinier et le laissera à un tourisme familial et médical. A cette époque, s'ouvre le sanatorium Saint-Jean-de-Dieu (transformé depuis 2000 en une résidence de tourisme). C'est le temps des pensions de familles et des colonies de vacances. « Entre les deux guerres, rappelle Laurent Delpire, responsable du service urbanisme et patrimoine à la mairie du Croisic, il y a un slogan qui dit : « Tout ce qu'on trouve à Paris, on le trouve au Croisic. » L'image de la station est celle d'un tourisme bon marché. C'est l'époque des trains de plaisir qui proposent depuis la capitale des week-ends sur la côte à tarif préférentiel. »
Touristique, ce Croisic de la première moitié du XXe. Certes, mais port de pêche d'abord. D'autant que des colonies de Finistériens, des Douarnenistes et Guilvinistes, qui traquaient la sardine jusque sur ces côtes aux eaux plus chaudes, ont fini par s'y installer et lui donner une bonne couleur bretonne. Ils n'ont pas été dépaysés par ce bout de côte dentelée de rochers et de criques, par cette terre de landes qui sent passer la moindre tempête de Sud-Ouest. Et ils ont laissé des traces. Il y a encore quelques années, on entendait parler breton sur les quais et il n'était pas rare d'y rencontrer des dentellières comme en plein Pays bigouden.

Une station balnéaire familiale

A partir des années 60, attirés par le caractère trempé de la presqu'île, Manceaux, Angevins, Nantais ont fondu sur ce littoral pour y construire des résidences secondaires. Et ancrer la commune dans un tourisme tranquille et définitivement familial. On peut faire provision de bon air iodé sur les neuf kilomètres de sentiers douaniers de la Côte Sauvage et saliver au déchargement des poissons et crustacés sur les quais, en pleine ville, à deux pas des restaurants. « Aujourd'hui, l'activité touristique a pris le dessus sur la pêche, observe Laurent Delpire. Et il y a plus de résidences secondaires que de principales. Le mètre carré est devenu cher et bien des jeunes doivent quitter la commune pour les alentours. » Le Croisic joue « le pittoresque, l'authenticité, la qualité de la vie ». A tel point que la clientèle aisée de La Baule s'arrache volontiers les quelques villas anciennes qui sont mises en vente.
Il y a de ces pirouettes de l'histoire !
(selon l'article de Marc Pennec pour Ouest France)

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